Entretien accordé par Pierre Cheynet à Génération FA8
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Nous recevons cette semaine le secrétaire départemental du Front National de la Haute-Loire, Pierre CHEYNET. Notre entretien traite essentiellement du passé et de l’avenir du mouvement auquel il appartient et des crises ouvertes qui secouent continuellement ce mouvement. Certaines questions portent également sur ce qu’on appelle la mouvance nationale. Nous le remercions d’avoir répondu à nos questions.
GENERATION FA8 : Bonjour. Tout d’abord serait-il possible que vous vous présentiez à nos lecteurs ne vous connaissant pas encore ? De même pourriez-vous nous décrire rapidement votre parcours politique ?
Bonjour et merci de me donner la parole à l’heure où la censure fait loi, y compris sur internet ! J’ai 28 ans, j’ai obtenu une maîtrise de droit public à Saint-Etienne au sein d’une université qui n’était pas encore gangrénée par l’extrême-gauche puisque j’ai eu parmi mes professeurs un doyen qui s’est élevé publiquement contre les méthodes scandaleuses employées par le pouvoir contre Bruno GOLLNISCH… De tels actes de résistance ne sont pas si fréquents de nos jours ! Je suis auteur-conseil de profession (j’écris pour le compte de mes clients) et secrétaire départemental du Front National de Haute-Loire depuis maintenant 7 ans, ce qui ne m’empêche pas d’apprendre continuellement à parfaire l’exercice de ma fonction, et Dieu sait qu’entre la gestion des campagnes électorales ou le recueil des signatures de maires il y a de quoi faire ! J’ai été nommé à cette fonction à l’âge de 20 ans, quelques mois à peine après la scission du Front National, dans un contexte particulièrement difficile. A l’époque, tous les journaux se disputaient les gros titres sur la mort annoncée du Front, ruiné et réduit à néant électoralement… On connaît la suite.
Mon parcours politique a débuté très tôt puisque j’ai commencé à militer au Front à 14 ans, l’âge auquel mon grand-père maternel allait coller ses premières affiches à vélo dans la région lyonnaise, comme je l’ai fait bien des années après lui… A l’époque, il militait pour le PSF (Parti Social Français) et n’a jamais trahi ses idéaux de jeunesse. Ce passage de flambeau prouve que la politique est souvent une affaire de famille, pas au sens où l’entendent les esprits chagrins qui s’imaginent qu’il faut « hériter » pour réussir en politique, mais au sens où, précisément, vous ne pouvez construire quelque chose de durable sans vous sentir intimement lié à ceux qui défendent les mêmes idées que vous. Cet esprit de famille doit prévaloir sur tout le reste, il a longtemps été la vraie force de notre mouvement et il doit le rester. J’y reviendrai.
Mon engagement politique ne serait rien sans l’amour de la terre de mes ancêtres, que j’ai épousée aussi à mon tour, ce département fort et attachant qu’est la Haute-Loire, le plus élevé de France en terme d’altitude moyenne. Venez skier sur les pentes du Mont Mézenc à plus de 1500 mètres d’altitude et vous vous en apercevrez très vite : la Haute-Loire est la vraie France d’en haut ! D’aucuns pourraient concevoir avec ennui l’idée de militer dans un département qui compte à peine 220 000 habitants, engoncé dans ces épais manteaux de roche basaltique renfermant des villages qui comptent autant d’exploitations agricoles que d’habitants. Pour moi c’est au contraire une chance formidable, l’occasion de cultiver les aspects les plus méconnus de notre programme, sur cette terre d’élection de la démocratie-chrétienne que l’on imagine si rétive à nos idées... Et pourtant. L’existence d’un lepénisme rural est devenu un fait marquant des dix dernières années. Le net repli de nos scores dans les grands centres urbains en est la preuve : les transformations sociologiques de nos villes ont bouleversé les équilibres politiques jusque dans les campagnes, mettant en exergue des problèmes qui les épargnaient jusqu’à présent.
La passion et l’enracinement sont les lignes de crête d’un engagement politique guidé par la droiture. Comme l’aurait dit Bismarck « en politique, il faut toujours suivre le droit chemin, car on est certain de n’y croiser aucun adversaire » !
GENERATION FA8 : Quel regard portez-vous sur le Front National et les différentes crises qu’il a vécues ces derniers mois ? Ces crises étaient-elles inévitables ? Comment le vivez-vous de l’intérieur ? Le Front National survivra-t-il à toutes ces crises ?
J’ai toujours pensé que même s’il était bourré de défauts, le Front serait toujours indispensable à la France, et plus le temps les souligne, plus j’en suis convaincu ! Les patriotes français ne peuvent pas se passer du seul parti qui depuis 30 ans œuvre au rassemblement de leurs forces ! La question est ici de savoir s’il remplit encore cette tâche avec l’efficacité qui fut la sienne à ses débuts. Or, force est de constater que depuis 2002, une série de difficultés nouvelles sont venues amoindrir sa capacité de rassemblement, ce qui a eu pour effet de démobiliser momentanément notre électorat.
Le quinquennat par exemple, a eu des conséquences très lourdes sur la vie politique française et sur la marginalisation des partis hors système. En alignant la campagne législative sur la campagne présidentielle, on a tué le débat législatif en le résumant à un troisième tour de l’élection présidentielle, elle-même acquise sur des considérations de personne et donc sur la visibilité médiatique des différents candidats. Difficile ici de « briller » quand on a droit à 0,2% du temps d’antenne total… Les gens qui se sont déplacés pour voter aux législatives de 2007 étaient fort logiquement ceux qui avaient voté pour Nicolas SARKOZY un mois plus tôt à l’élection présidentielle… Cela a eu pour conséquence l’abstention massive de notre électorat, qui ne se sentait en quelque sorte plus « concerné » par cette élection, d’autant que dans un système majoritaire, l’effet « vote utile » joue à plein… En somme, ce n’est pas SARKOZY qui nous a fait vraiment mal en 2007, c’est l’abstention.
Ce bouleversement politique a favorisé la prédominance de la forme sur le fond. La personnalisation du débat politique et l’américanisation de la campagne présidentielle ont redonné de la vigueur au bipartisme rejeté par les français en 2002. Elles ont rendu l’opinion plus perméable à la propagande des médias et des instituts de sondage. Vous noterez d’ailleurs un fait nouveau lors de la dernière élection présidentielle de 2007, à mon sens très inquiétant : pour la première fois de toute l’Histoire de la Cinquième République, le résultat des élections a corroboré à la décimale près les prévisions des instituts de sondage… Cela prouve que les électeurs sont plus influençables : ils votent désormais comme les sondeurs leur demandent de voter.
Le Front n’était pas préparé à de telles difficultés et n’a, fort logiquement, pas pu contourner l’obstacle. Peut-être aussi n’avons-nous pas suffisamment mis l’accent sur ce qui nous différenciait politiquement de nos adversaires, au risque de nous rendre transparents face à un SARKOZY plus clivant que jamais, grâce à la plume très efficace d’Henri GUAINO. Faut-il ici chercher des responsables à tout prix en se livrant à une guerre de symboles ? Très sincèrement je ne crois pas que la préoccupation majeure de nos électeurs soit le moulin de Valmy ou la dalle d’Argenteuil. Ce débat très microcosmien ne saurait expliquer un « échec » électoral, si tant est que rallier 3,8 millions de suffrages soit un échec…
Si crise il y a, elle n’a donc rien à voir avec les querelles de personnes ou de courants qui sont naturelles dans un parti politique, quel qu’il soit. C’est plus vraisemblablement une crise de la représentativité politique, à laquelle nous ne pourrons répondre qu’en adaptant notre stratégie électorale à la transformation des institutions, faute de quoi on verra se multiplier les crispations internes, qui ne sont jamais que l’expression du malaise ressenti par la base face aux difficultés qu’elle éprouve sur le terrain.
Pour cela il faut à mon avis que le front s’engage durablement sur la voie de l’implantation locale... et pas que dans une ou deux circonscriptions fortement médiatisées ! Les élections législatives ne sont bien évidemment pas à négliger au regard de la source de financement qu’elles représentent, mais il serait salutaire d’accorder davantage de moyens aux fédérations partout où le potentiel existe pour conquérir des sièges de conseillers généraux par exemple. Les campagnes sont un réservoir électoral formidable pour le front, il serait dommage de le négliger en se limitant à un discours exclusivement urbain. Structurer localement notre action politique la rendra plus visible par l’électeur, donc moins susceptible d’être caricaturée par nos adversaires. La diabolisation se nourrit de la caricature. Le militantisme de terrain est le seul moyen efficace et durable d’y remédier.
GENERATION FA8 : Jean-Marie LE PEN a pendant longtemps été l’objet de vives critiques sur le fait qu’il ne s’occupait pas ou peu de sa succession. Aujourd’hui, c’est bel et bien le contraire qui se produit et les critiques restent présentes. Certains les considèrent plus acerbes et violentes que par le passé. Cela est-il du à la personnalité du successeur désigné ou bien la raison de ces critiques reposent-elles sur autre chose ?
Jean-Marie LE PEN est le seul homme politique en France qui ait réussi le tour de force de rassembler notre famille politique, dont nous savons qu’elle est riche d’une extraordinaire diversité. Mais comme l’a lui-même dit Bruno GOLLNISCH, « on ne remplace pas quelqu’un comme Jean-Marie LE PEN ». Aussi talentueux soient-ils, aucun des cadres actuels du FN ne possède l’aura dont Jean-Marie LE PEN peut se prévaloir auprès de nos électeurs. Faut-il dès lors se résoudre à un long et inexorable déclin du FN, comme voudraient le penser quelques oiseaux de mauvais augure ? Je ne le crois pas. Je crois que la succession de Jean-Marie LE PEN ouvre de nouveaux champs d’action, à condition naturellement de repenser notre mode de fonctionnement pour que le passage de témoin se fasse dans de bonnes conditions. Il est normal que la perspective de tels changements génère des appréhensions et parfois même des tensions. L’actuelle direction du mouvement les apaisera en garantissant l’équilibre du débat qui s’engage dans la perspective du congrès de 2010. Il n’y a d’ailleurs pas de successeur « désigné » à mes yeux. Ce serait ôter symboliquement aux adhérents du front le pouvoir qu’ils ont d’élire leur président. Ce sont eux et eux seuls qui décideront le moment venu, dans le cadre d’un débat ouvert et transparent, quelles sont les grandes options stratégiques qu’ils souhaitent voir mises en œuvre et celui ou celle qui en assurera l’application.
Faut-il par exemple envisager d’instaurer une organisation interne plus collégiale ? Comment réaliser ce beau projet qu’est l’Union des Patriotes ? Est-il nécessaire de repenser nos rapports avec les médias dont on sait qu’ils seront, de toute façon, toujours les ennemis de ceux qui s’opposent au système ? Comment installer une plus grande proximité dans la relation avec les Français à travers l’engagement associatif ou syndical ? Telles sont les questions que nous devrons nous poser lors du Congrès, en gardant à l’esprit l’absolue nécessité de renouer avec l’action militante un peu délaissée au profit du combat électoral. Celui ou celle qui saura répondre à ces questions aura, je pense, toute latitude pour conduire le Front National vers de nouveaux sommets.
GENERATION FA8 : L’arrivée d’Alain SORAL dans vos rangs fut saluée de manières diverses mais dans les deux cas de façon excessive. En effet, les personnes ne voyant pas d’un bon œil sa venue, l’ont considéré comme le fossoyeur du Front National, celles qui furent contentes de son enrôlement l’avaient jugé comme le sauveur. Où se situe la réalité selon vous ? Ses apports intellectuels et idéologiques ont-ils été positifs ou négatifs ? N’est-ce pas trop facile de lui jeter la pierre en lui faisant porter la seule responsabilité de l’échec des présidentielles de 2007 ?
Critiquer Alain SORAL en se basant sur son parcours personnel est une attitude de mauvais joueur. Combien de frontistes exemplaires ont été dans le passé adhérents du Parti Communiste sans que nul n’y trouve à redire ? SORAL a du talent, son discours a un réel impact sur la jeunesse et il a le mérite de toucher le cœur de notre électorat lorsqu’il évoque le cas des travailleurs pauvres abandonnés par la gauche. Mais Alain SORAL est avant tout un intellectuel. C’est là que réside sa « valeur ajoutée »... Aussi suis-je plus dubitatif lorsque j’entends qu’il souhaite troquer cette casquette contre celle du politique. Il lui appartiendra, pour combler son manque d’expérience, de faire preuve de réelles qualités en la matière dans les mois à venir.
Pour ce qui est de ce que vous appelez « l’échec de la présidentielle » je crois l’avoir suffisamment analysé plus haut pour que nul ne me suspecte de l’attribuer bassement à tel ou tel. Je vois mal comment un simple discours, même très éloigné de notre culture politique, aurait pu à lui seul déboussoler notre électorat. Ceux qui en limitent les causes à des choix stratégiques se trompent. La vérité c’est que le 21 Avril 2002 a été à la fois la meilleure et la pire des choses pour nous. La meilleure parce qu’il nous a montré que nous étions en mesure de faire trembler le système. La pire parce que non content d’avoir révélé nos failles à l’ennemi, il nous a momentanément aveuglés en nous laissant croire que notre heure était arrivée… Or, en politique, rien n’est jamais acquis, nous l’avons vu en 2007.
GENERATION FA8 : Beaucoup sont en train de quitter le Front National. Comprenez-vous leurs choix ? Le quitterez-vous aussi ou resterez-vous toujours au sein de ce parti ? Selon vous pourquoi ne l’ont-ils pas quitté plus tôt, alors que tous disent ou laissent entendre que le désordre dans le mouvement est installé depuis longtemps (bien avant l’arrivée de SORAL par exemple) ?
En ce qui me concerne les choses sont très claires : il n’est pas question de quitter le Front National à l’heure où il a plus que jamais besoin d’être soutenu. Je pense que ceux qui envisagent de quitter le Front ont tort. Leur attitude m’attriste d’autant plus qu’ils sont pour la plupart des cadres de grande valeur. Comme je l’ai dit, le Front National est à un tournant de son Histoire. L’incertitude que génère cette situation pèse lourd dans l’avenir électoral de nombre de ses responsables et je comprends le sentiment de « mise à l’écart » que peuvent ressentir certains d’entre eux, lorsqu’ils ont consacré toute leur vie au mouvement. Pour autant, j’estime que le procédé qu’ils emploient n’est pas digne. La dissidence ne mène à rien, nous le savons tous. Rien ne se construira en-dehors du front. Jacques BOMPARD, juste avant de quitter le FN, récusait toute alliance avec Philippe de VILLIERS… pour mieux se jeter dans la gueule du loup ensuite. Aujourd’hui le même BOMPARD ne cache pas ses multiples désaccords avec le Vicomte, tant sur le plan politique que sur la stratégie électorale. Son attitude l’a clairement mené dans une impasse… Je serais extrêmement déçu que Carl LANG commette la même erreur. Plus généralement, je ne comprends pas l’attitude de ceux qui contestent le fonctionnement interne du front tout en se mettant à l’écart de ses structures. J’aimerais les convaincre que l’on peut participer au débat sans renier ses idées et sans taper contre son camp. Je me sens hélas assez peu entendu sur cette question…
GENERATION FA8 : Des anciens du Front National mèneront ou souhaiteraient mener campagne sous leurs propres couleurs lors des élections européennes de 2009. Il s’agit pour certains d’entre eux, de piliers de votre mouvement, nous pensons à Carl LANG, LE RACHINEL, Jean-Claude MARTINEZ. Qu’est-ce qui a pu amener ces militants historiques, très attachés au Front National et à Jean-Marie LE PEN à prendre des décisions aussi graves qui auront pour conséquences d’apporter des divisions voire de graves scissions ? Comment les électeurs pourront-ils s’y retrouver ?
La décision de Carl LANG et de Jean-Claude MARTINEZ est évidemment motivée par la déception de n’avoir pas obtenu la tête de liste aux élections européennes. Cette déception est compréhensible mais elle ne saurait en aucun cas justifier l’existence de listes dissidentes. Une telle décision serait catastrophique à la veille des premières élections nationales depuis Juin 2007. Les municipales et cantonales de Mars dernier étaient un enjeu essentiellement local, où la protestation à l’égard du gouvernement s’est heurtée au faible nombre de listes anti-système. Les européennes de Juin prochain seront en revanche l’occasion ou jamais pour le front de se redresser électoralement en rassemblant partout sur son nom les électeurs déçus par Nicolas SARKOZY. Ceux-ci ne comprendraient pas qu’au moment où la France est en faillite, nos préoccupations se limitent à des querelles intestines. Ce serait d’autant plus aberrant que l’espace politique semble se dégager à droite, avec le ralliement de Philippe de VILLIERS à Nicolas SARKOZY et l’éclatement du camp souverainiste qui n’a plus le pouvoir de nuisance qu’il représentait par le passé. Se présenter en ordre dispersé dans un tel contexte serait donc une véritable trahison vis-à-vis de nos électeurs et il nous la feraient payer très cher… Je rappelle ici qu’avant la scission de Décembre 1998, le FN était donné à 18 % dans les sondages aux européennes de 1999. Suite à la scission, il a fait… 5,69 %. Cela devrait servir de leçon à tous ceux qui contribuent à la division.
GENERATION FA8 : D’aucuns disent que Marine LE PEN a été parachutée dans le Nord pour être élue plus facilement, alors qu’en Ile de France elle n’aurait pas atteint le pourcentage requis pour être élue. Qu’en pensez-vous ? A-t-elle vraiment plus de légitimité que Carl LANG implanté localement contrairement à elle, pour représenter le Front National lors des élections européennes de 2009 ?
Le Front National n’organise pas de primaires pour départager ses candidats et je pense dans l’immédiat que c’est plutôt une bonne chose. Par conséquent ce n’est pas à moi mais à la Commission Nationale d’Investitures qu’il revient d’apprécier la « légitimité » de chacun d’entre eux, en fonction d’éléments objectifs dont elle seule dispose. A dire vrai, je ne crois pas que le choix des têtes de listes soit déterminant dans le résultat que nous ferons aux européennes. Dans un scrutin de liste à la proportionnelle, la personnalité des candidats importe finalement assez peu. Je ne pense pas que les gens qui auraient voté FN avec Carl en tête de liste refuseraient de le faire en sachant que la candidate est Marine, et inversement. Bien sûr, ces choix personnels peuvent être mal vécus par ceux qui en font les frais, mais ils sont très secondaires dans l’esprit de nos électeurs. Ce qui compte à leurs yeux c’est que nous soyons crédibles et cohérents dans notre opposition à la politique de Nicolas SARKOZY. Pour cela il n’y a qu’une seule posture valable : l’unité.
GENERATION FA8 : Nous pensons qu’il existe depuis de nombreuses années des grandes différences idéologiques entre les cadres du Front National, ses militants et ses électeurs. Partagez-vous la même analyse ? Le Front National ne devrait-il pas refonder le combat idéologique du 21ème siècle pour apporter de la clarté dans une mouvance nationale où les choses ne sont toujours pas forcément claires ?
La force du Front National réside dans sa diversité sociologique autant que dans celle de son électorat. Il est le seul parti politique en France qui puisse se targuer de ne dépendre d’aucune « clientèle électorale ». Cela lui laisse la possibilité de taper autant sur la gauche que sur la droite, en fonction des circonstances, et de dire beaucoup de vérités que tous les autres n’ont pas le droit de dire… La contrepartie de cette liberté, c’est le sentiment d’être parfois dans une situation de « flou » idéologique. Normal pour un parti qui n’a jamais fait du clivage droite / gauche sa ligne de partage des eaux. Mais il ne s’agit là que d’une impression car, même si tous nos électeurs ne s’intéressent pas forcément à l’ensemble du programme défendu par le Front National, il faut tout de même souligner qu’en 36 ans nous n’avons jamais transigé sur la préférence nationale, la lutte contre l’immigration-invasion, la défense d’une vraie politique familiale, la lutte contre la culture de mort, l’affirmation de l’identité culturelle chrétienne de la France, etc… Cette constance qui n’a pas d’équivalent dans le débat politique français démontre bien qu’un parti peut attirer des gens très différents les uns des autres sans forcément être un fourre-tout idéologique !
Alors c’est vrai, pendant très longtemps l’unité de la droite nationale s’est construite autour du seul charisme de son président, qui permettait de mettre de côté certains désaccords. Mais la solidité de l’ensemble a aussi été maintenue grâce à l’esprit militant qui donne à chacun des membres du front national le sentiment d’appartenir à une grande famille, par-delà ses origines. Cet esprit a tendance à fléchir depuis quelques temps en raison de la crise de l’engagement politique. Tout l’enjeu consiste à lui redonner vie pour éviter la « communautarisation » du mouvement et son appauvrissement idéologique, phénomène que l’on observe d’ailleurs aujourd’hui dans la quasi-totalité des partis politiques, du PC à l’UMP ! Il nous faut pour cela être plus réactifs et plus inventifs. Plus réactifs en privilégiant l’action en réseau, qui évite la dispersion des énergies et permet de lutter contre la censure médiatique qui nous frappe en suscitant un véritable esprit de corps entre nos militants. Plus inventifs en développant de nouvelles formes de militantisme politique, notamment le cybermilitantisme, encore trop embryonnaire dans nos rangs.
GENERATION FA8 : Pensez-vous réellement qu’une opposition au système, organisée dans un mouvement politique électoral puisse prendre le pouvoir par les urnes ? Quels fondements idéologiques devraient avoir cette organisation ? L’implication dans le système démocratique est-elle vraiment une solution pour l’émergence de vos idées ?
Si je ne le pensais pas je ne serais pas au Front National ! Il est vrai que la démocratie représentative a montré ses limites, en ce qu’elle réduit l’exercice du pouvoir à une caste de plus en plus éloignée des préoccupations du peuple. On sait pourtant que malgré ce verrouillage du système électoral, le FN a réussi par le passé à obtenir des élus au scrutin majoritaire. Pourquoi ce qui a été un temps possible à Dreux, à Orange, à Marignane ou à Toulon ne le serait-il pas ailleurs et à plus grande échelle ? Ce verrou finira par sauter sous la pression populaire, à condition bien sûr que nous soyons préparés à l’exercice du pouvoir dans des conditions de crise, car le système s’effondrera dans un chaos indescriptible… Le travail de terrain que nous faisons aujourd’hui est donc très utile même lorsqu’il ne débouche que sur de maigres scores. Il est très formateur pour tous ceux qui auront le courage de s’y consacrer dans la durée. Les nationalistes que nous sommes savent que la patience est une vertu essentielle en politique. Et le désespoir, une sottise absolue…
GENERATION FA8 : Les IDENTITAIRES depuis leur création, ont réussi à relancer l’activisme militant, avec des opérations variées, assez régulières et notamment novatrices. Les mouvements nationaux rencontrent d’énormes difficultés à militer, comment expliquez-vous l’activisme militant des mouvements identitaires et la perte de vitesse des mouvements nationaux concernant le militantisme traditionnel ?
L’un des traits caractéristiques de la crise de l’engagement politique dans la société de consommation, c’est le refus de s’investir sans contrepartie visible ou immédiate… Le militant devient une denrée rare et lorsqu’on a la chance d’en trouver un, celui-ci cherche en général l’utilitarisme comme certains pratiquent le « vote utile » en votant pour des partis qui combattent leurs idées pour que leur bulletin de vote soit pris en compte… Les identitaires ont parfaitement su jongler avec cette tendance, en disant aux gens « nous vous offrons les moyens de vous rendre utile autrement que par l’action politique traditionnelle ». Pour beaucoup de gens l’idée est séduisante à première vue, en particulier pour les jeunes, qui pour certains vivent parfois l’engagement politique comme un « défouloir » et cela peut se comprendre. On est sûr ici de se faire plaisir, d’autant qu’un esprit de corps se crée plus facilement quand on se retrouve entre gens de la même génération, réunis par les mêmes centres d’intérêts. Le militantisme devient loisir. Toute la question est de savoir ce qu’il en reste dans la durée. Et là, force est de constater qu’au mieux on contribue à l’éparpillement de nos capacités militantes, au pire on écarte du monde politique des jeunes qui feraient sans doute d’excellents cadres du mouvement national. Alors je donne rendez-vous aux activistes en question dans 10 ans pour voir ce qu’ils seront devenus. Personnellement, je ne conçois d’action politique efficace que dans la durée. C’est moins séduisant a priori, mais c’est vraiment utile.
Propos recueillis en décembre 2008
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